De la négation du risque

par Agnès Michel, Co-Resp. de la ComEcoSocSP

Nous vivons dans un monde merveilleux duquel le risque a été bannis.

Il n’y a aucun risque de faillite du monde financier; la meilleure preuve en est qu’en 2010 les banques privées françaises ont fait des bénéfices de plus de 50% sur leurs activités liées aux marchés financiers.

Il n’y a pas le moindre risque d’accident nucléaire en France; en premier lieu ça n’arrive qu’aux autres, aux Ukrainiens, aux Américains, aux Japonais; et comme ces autres sont très loin et que les particules radioactives ne voyages ni par les airs, ni par les mers, cela ne nous concerne en rien.

Quel rapport entre le monde financier et l’industrie nucléaire, vous demanderez-vous ? Les fameux stress-tests.

Ces tests sont réalisés sur la base de scenarii censés couvrir absolument tous les risques possibles et imaginables, afin de trouver des parades avant même que ces derniers ne surgissent; les stress-tests sont la solution miracle : avec eux le risque trépasse.

Sauf que. Par définition le risque est ce que l’on ne peut anticiper dans son intégralité. Selon le Littré « risque » veut dire « péril dans lequel entre l’idée de hasard ». Il se passera toujours quelque chose que l’on n’a pas prévu. De plus, ces stress-tests sont modélisés par des experts. Qui sont experts car ils travaillent depuis longtemps dans leur domaine respectif, dans les directions des risques des banques et de l’industrie nucléaire. Or il est difficile de penser que les personnes, qui ont travaillé pendant des années sur les modèles de risques financiers ou nucléaires, aient laissé de côté des risques majeurs. Et qu’aujourd’hui, ils profitent de nouvelles réglementations pour enfin intégrer ces risques majeurs à leurs scenarii de stress-tests; comme si ces risques étaient nouveaux et qu’ils ne les avaient jamais envisagé pendant leur carrière professionnelle. Sinon cela voudrait dire que cela fait des années, voire des dizaines d’années, que nous prenons des risques inconsidérés avec les finances des tous les pays bancarisés, et avec la santé de toute l’humanité. Ce n’est évidemment pas concevable.

Et pourtant. La crise financière de 2008, comme les nouveaux stress-tests sur les centrales nucléaires françaises, nous montrent que certains risques sont jugés trop faibles ou hors de propos pour être pris en compte dans l’analyse des risques.

L’exemple le plus flagrant est la décision du gouvernement français de ne pas prendre en compte, dans les stress-tests ayant fait suite à Fukushima, les risques d’attentats terroristes sur nos centrales nucléaires. Nous sommes en guerre dans plusieurs pays (Afghanistan…), nous avons déjà soufferts d’attentats sanglants sur notre territoire, mais cela n’est pas considéré comme un risque à prendre en compte dans les mesures de dangerosité de l’industrie nucléaire. Nos dirigeants estiment-ils que les terroristes auraient trop peur des radiations pour s’approcher de nos centrales ?

Pour les institutions financières, certains produits (ABS, et autres titrisations…) ne sont tout simplement pas couverts par la réglementation internationale des risques bancaires (Bâle II). Ce qui semble logique puisque la crise de 2008 n’a rien eu à voir avec les subprimes, qui ne sont d’ailleurs pas des produits de titrisation (sic).

Tout ceci semble exagéré. Il s’agit pourtant de la simple réalité des faits. La question est de savoir pourquoi ces stress-tests omettent-ils certains risques, alors même que l’on nous les présente comme le rempart ultime contre tout risque ? Par intérêts privés ? Par manque de professionnalisme ? Par méconnaissance du sujet ?

Nous, écologistes, considérons ces sujets trop sérieux pour être laissés entièrement entre les mains de quelques experts internationaux, ne rendant aucun compte à la population. Ces sujets méritent au moins de véritables débats publics -et plus encore avec les crises financières qui se succèdent- et d’être décidés dans un vrai processus démocratique. Les « incidents » qui émaillent l’industrie nucléaire doivent être systématiquement rendus publics, qu’il s’agisse d’une fuite de liquide de refroidissement contaminé, ou l’oubli (!) de quelques kilos d’uranium dans les laboratoires d’une centrale. En ce qui concerne l’industrie financière, les moyens des commissions bancaires nationales, chargées du contrôle des risques, devraient être multipliés par deux, ou mutualisés au niveau européen. Cette transparence accrue permettrait au moins que nos élus puissent voter avec un minimum de visibilité sur chacun des stress-tests, et sur la complétude (ou non) de ces stress-tests; ils et elles ont aussi un devoir de représentation sur ces sujets.

Enfin, cette transparence donnerait à chaque citoyenne et citoyen le moyen d’évaluer le niveau de risque qu’elle ou il considère acceptable. Nous, écologistes, proposons une gestion raisonnée des finances publiques et privées, de l’énergie et la sortie d’une solution nucléaire trop chère et trop dangereuse. Cette capacité d’alternative sera décisive lors des prochaines échéances électorales.


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